jeudi 10 décembre 2015

Michael Hirsch : « Pourquoi » ne pas essayer une autre forme d'humour ?

Le temps est au réconfort. Tout est bon : expos, verres en terrasse et concerts nous ramènent à la vie culturelle parisienne, qu'il ne faut pas laisser se faner. Les spectacles en particulier ont pâti de l'état d'urgence, car beaucoup ont voulu rester au chaud, et prendre le moins de risque possible. C'est donc avec un sentiment de fin d'"hibernation" que je me suis rendue au Studio Hébertot afin d'assister au One-man-show de Michaël Hirsch, un artiste qui monte. Découverte d'un lieu charmant, mais surtout d'un véritable bijou d'humour, sobrement intitulé "Pourquoi ?", qui s'y joue jusqu'au 3 janvier, le samedi à 17h, et le dimanche à 19h.

De « Pourquois », il est en effet question dans ce seul en scène, qui fait l'inventaire doux-amer des interrogations existentielles de Michaël, interprétant son propre rôle, de ses 7 à 77 ans. Questionnements essentiels d'un enfant curieux, d'un ado en recherche d'un but à suivre, d'un jeune adulte maladroit, et du papy comblé et facétieux qu'il deviendra peut-être. Les tableaux retraçant ces périodes de vie se succèdent, commençant toujours par une série de "Pourquoi", qui permettent une plongée intérieure de(s) Michaël(s).

Un one man show qui s'appuie sur les déboires et réflexions de son interprète est une forme aussi classique qu'efficace. Mais ce qui distingue le spectacle de Michaël Hirsch dans la nuée des seuls en scène parisiens, c'est la qualité de son écriture, et l'aura unique de l'humoriste. "Disciple de Raymond Devos" selon le Figaro, ou encore héritier de Desproges selon l'Express, Hirsch, par son art du jeu de mot et sa vivacité, évoque bien ces maîtres de l'humour. Il nous a également fait penser à  De Groodt, et ses constructions syntaxiques complexes. Mais notre hôte n'est pas un copy-cat, qui reprendrait des recettes éculées faisant mouche, sans grands risques créatifs. Détournant les expressions de la langue française en les appliquant concrètement dans la vraie vie ("Femme qui rit, à moitié dans ton lit" : mais où est l'autre moitié ? Comment faire craquer la femme en entier ?), et jouant sur des contrepèteries originales, l'humoriste aux cheveux en bataille exprime tout en douceur le désarroi, la peur de grandir et de ne pas réaliser ses rêves d'enfant, et  l'envie de profiter de la vie. La poésie est le médium idéal pour trouver (du moins chercher) des réponses sensibles à toutes ces interrogations.
           
Se moquer sans amertume, et avec beaucoup de chaleur, c'est ce que Mickaël réussit à faire, dans ce spectacle très équilibré quant à son écriture : quand d'autres nous perdent et nous essoufflent dans la course à la marrade, Hirsch nous fait osciller entre gros rire et sourire, alternant punch lines et jeux de mots délicats, pour nous laisser respirer. C'est très appréciable. Pour moi, ce one-man-show fait partie de ces spectacles "doudou", humble mais pouvant rivaliser avec les plus grands, servi par un interprète énergique et tendre, qui nous détourne quelques instants du quotidien tout en nous parlant de la vie réelle. A offrir comme une douceur de Noël.


Margot

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