vendredi 25 septembre 2015

Tatoueurs, tatoués : l'expo encrée au Quai Branly


Oui, je vous entends déjà ! L'exposition a démarré depuis plus d'un an, et ils ne s'y rendent que maintenant ? Pour tout vous dire, notre visite du jeudi 17 septembre au Musée du Quai Branly fut une suite de hasards. Alors que nous souhaitions nous rendre à l'exposition « L'inca et le Conquistador », nous fumes estomaqués par la file d'attente de 45 minutes nécessaires pour y accéder (« What ? Un jeudi, à 14h ? Que font tous ces gens dehors? »). L'occasion était trop belle d'aller voir cette fameuse expo « Tatoueurs, tatoués », qui se poursuit jusqu'au 18 octobre 2015.


©Quai Branly/Gautier Deblonde
La scénographie, déroutante au premier abord, est à la fois épurée et mystérieuse. Couloirs très étroits, alcôves, murets à hauteur de poitrine, l'exposition se déroule dans un labyrinthe où les têtes des visiteurs flottent dans l'air, suivant un rythme heurté. A une heure de grande fréquentation, il est parfois difficile d'observer ce qui est présenté, tant les espaces sont étriqués, et les choses montrées petites et délicates : des outils de tatouages anciens, de petites vidéos illustratives, des gravures, et même des morceaux de peaux tatouées conservées sont à découvrir. D'autres curiosités étayent l'exposition, à l’image d’un muséum d'histoire naturelle et artistique. Néanmoins, on s'habitue vite à se coller à son voisin, et à partager son regard.

A la fois thématique et géographique, cette exposition traverse l'univers du tatouage sous toutes ses formes.

©Quai Branly/Gautier Deblonde
L'expo débute par plusieurs volets thématiques. La section « Tous tatoués ! » donne la parole à des passionnés de tatouages dans le monde entier et sur ce qui leur donne envie de s'exprimer sur la toile qu'est la peau. La section suivante porte sur le tatouage des brigands, des militaires, des prisonniers et des prostituées : souvent punitif, le tatouage devient un marquage au fer rouge, sur la peau et sur l'âme. Puis nous pénétrons le monde des sideshows, ces spectacles sulfureux se donnant aux abords des grands cirques du siècle dernier, ou le terme « monstre de foire » prend tout son sens : les tatoués ont une place de choix parmi les stars du genre.


©Quai Branly/Gautier Deblonde
La suite de l'exposition est une traversée des continents. Le tatouage japonais, Irezumi, costume d’encre recouvre tout le corps des Yacuzas, leur interdit l'accès aux bains publics et est une source d'inspiration très riche pour les costumes de théâtre. Les États Unis s'imposent avec leur tatouage traditionnel : lignes épaisses, couleurs primaires, symboles patriotiques et pin-up polynésiennes, dont Sailor Jerry et Ed Hardy sont les principaux ambassadeurs. Les îles du Pacifique, où le tatouage est un attribut guerrier prestigieux tout autant qu'une marque d'appartenance sociale, reviennent à une pratique ancienne du tatau après des années de vide sur les épidermes. Le tatouage thaïlandais, véritable talisman dessiné sur le tatoué, peut amener celui-ci à une véritable transe religieuse. Le tatouage dit chicano (fine line, ou noir et gris) pratiqué sur la peau des prisonniers d'origine sud-américaine, est d'abord dessiné sur les paños, des mouchoirs de tissus qui sont un témoignage exceptionnel de cet art devenu très populaire.

Ma liste est peu exhaustive, car « Tatoueurs, tatoués » est une exposition où l'on s'arrête pour apprendre, et s'imprégner des visages, et des cultures mises à l'honneur. A l'issue du parcours, ceux qui ressentent l'envie d'écrire une histoire sur leur peau auront une idée plus nette des références du tatouage actuel.


Margot



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