mardi 26 février 2013

Entretien avec Lea Loopa, petite boule d’énergie, danseuse à l’Ecole des filles de joie.


            Lea Loopa, danseuse de l’Ecole des Filles de joie a accepté de nous rencontrer afin d’évoquer son expérience dans le milieu du burlesque.
Elle a commencé à suivre les cours de l’école il y a deux ans, après avoir vu le film Tournée de Mathieu Almaric, sorte de road movie  racontant la tournée d’une troupe de danseuse burlesque à travers la France. Le burlesque, pratique jusqu’à lors restée discrète, est ainsi projetée sur le devant de la scène en 2010 avec notamment, en point d’orgue, une montée des marches du Festival de Cannes par l’équipe du film qui restera comme l’une des plus glamour de ces dernières années. De nombreux reportages à la télévision ou dans les magasines sont depuis consacrés à cet art que l’on peut placer à mi chemin entre le cabaret et le striptease. Le burlesque est indéniablement une pratique « undergound » à la mode et de là à monter sur scène pour s’effeuiller il n’y a qu’un pas mais celui-ci n’est pas évident à franchir. Léa, elle, n’a pas eu ce problème. Issue d’une famille proche du milieu artistique, elle pratique très régulièrement le théâtre, le dessin et la danse. Bien dans sa tête et dans son corps, la nudité ne lui a jamais vraiment posé de soucis.


« La plupart des filles font cela pour exciter leur copain, d’autres pour se sentir mieux dans leur peau, combattre leurs complexes, moi j’ai simplement envie d’accomplir une performance artistique. »

Qui dit performance artistique, dit beaucoup de travail et d’investissement lors des cours et pour une élève motivée cela peut aller jusqu’à 10h par semaine. Plusieurs professeurs, toutes danseuses professionnelles, donnent ainsi des cours variés d’effeuillage, de french cancan, de Hip Hop Girl style, ou encore de Voguing (sorte de Modern house très stylisée, née dans Harlem au début des années 80 et popularisée par Madonna dans son clip Vogue). Parfois, sont proposés des stages, avec éventuellement des professeurs extérieurs, de Pole dance, de Mime et même des cours de pyrotechnique !!! Quand on vous dit qu’il s’agit de performance ….
Pourquoi s’éparpiller dans autant de styles de dance différents pour simplement se déshabiller de manière sexy ? « Justement parce que le burlesque ce n’est pas que se déshabiller de manière sexy. Toucher à tous ces styles nous donne un QI danse bien plus grand, c’est très utile pour créer un numéro. »
Créer un numéro n’est pas forcément très difficile lorsque l’on ne manque pas d’imagination. Une fois sélectionnée pour passer sur scène, simplement au bout de deux mois de cours pour Léa, l’élève dispose d’une certaine liberté dans sa création. Elle peut consulter les profs, Pomme d’Amour ou Eva La Vamp, mais c’est la directrice, Juliette Dragon, qui a le dernier mot.

Ne jouissant pas de la reconnaissance du théâtre, le burlesque est une famille où la solidarité est très présente.


Les élèves doivent payer pour avoir le droit de passer sur scène, 20€, et la plupart se débrouillent pour se maquiller, s’habiller et se restaurer. Heureusement, au cours des spectacles se met en place une vraie solidarité entre élèves. C’est un peu le « système D » mais après tout l’école est une petite famille. Le coût du droit de passer sur scène est presque dérisoire comparé aux autres investissements à effectuer pour pratiquer la danse burlesque. Avec sous-vêtements, nippies (cache tétons), robe, collants, gants, perruque, chaussures et tout autre accessoire, auxquels s’ajoute le maquillage, il faut prévoir un budget d’environ 280€ pour un numéro sur scène ! Certains accessoires comme les nippies, peuvent être faits par les danseuses elle-même et la plupart des achats pourront être réutilisés, mais cela reste élevé, surtout que l’école ne rémunère aucune élève.
 
Dernièrement, Léa a fait appel à un ami à elle pour proposer un numéro mixte. Qu’en est-il de la présence des hommes dans le petit monde du burlesque ? Et bien les rares qui s’y essaient sont gays et ont selon Léa du succès plus rapidement et plus facilement que les femmes. « A aucun moment on ne critique leur nudité, seule leur performance compte. Ils ne sont jamais jugés comme nous pouvons l’être. » Elle a essayé de proposer un partenariat avec des hétéros mais aucun d’entre eux ne parvient à garder la concentration nécessaire en présence d’une femme nue…
C’est également compliqué avec les hommes qui la voient se dévêtir. « Ils sont impressionnés et généralement préfèrent garder leur distance. » Ses amis, eux sont quasiment tous curieux et intéressés par cette passion. Avec la famille les choses sont moins évidentes, bien qu’une partie appartienne au monde artistique il n’est jamais simple de faire accepter que l’on se déshabille devant des inconnus à ses parents.

En dépit de l’esprit de liberté et d’affirmation de soi que confère le burlesque, ils n’ont rien de comparable avec ce que peut procurer l’ovation de spectateurs d’une pièce de théâtre. La reconnaissance y est, de plus, bien meilleure. « Paradoxalement, une scène d’amour ou de nu intégral est acceptée au théâtre ou au cinéma alors qu’au burlesque où la fille ne finit jamais nue c’est pas le cas. »
Elle estime en outre que la relation Artiste/Public est vraiment différente. « Au théâtre on donne beaucoup à l’auditoire, alors qu’au burlesque c’est un peu le contraire, on prend. »
Les comédiens et autres artistes voient d’un mauvais œil la popularité actuelle du burlesque. « Ils pensent qu’on ne mérite pas ce coup de projecteur, mais ils oublient que malgré cela, la danse burlesque reste très confidentielle et ne fait gagner de l’argent à quasiment personne. »
Malgré cela, Léa compte rester dans le monde du burlesque « tant que ça m’amuse » elle sera visible dans le cadre des spectacles de l’école mais elle a aussi des contacts pour intégrer ses numéros dans des spectacles de cabaret parisien. Vous pourrez la voir notamment le vendredi 1er mars 2013 au Klub des filles de joie.

Guillaume

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