mardi 28 juin 2016

"L'art et l'enfant", une exposition touchante au Musée Marmottan-Monet


Ah, le seizième... Impressionnant, clos et fleuri, l'arrondissement est doté d'un grand nombre de musées, qui lui apporte beaucoup de vie, comme le Musée Marmottan-Monet. A un saut de cabri du Bois de Boulogne, je me suis rendue dans cet ancien pavillon de chasse durant une belle journée de mai. Fief d'une famille d'amateurs d'arts, ce joli bâtiment néo-classique aux salons rose dragée et vert-amande accueille de nombreuses œuvres de Claude Monet au sous-sol, mais également des expositions temporaires. Jusqu'au 3 juillet 2016, les enfants sont à l'honneur. Intéressant, car à part dans les représentations de l'enfant Jésus, si nous remarquons leur présence dans les toiles, nous y prêtons rarement une attention soutenue. Focus sur les "mini-nous", dans la peinture française du XVIIe siècle à nos jours.


L'exposition propose un parcours chronologique, qui suit une évolution du statut de l'enfant dans la société française, et donc dans la peinture qui la représente. Plus ou moins iconique ou universelle, l'image du tout-petit est le reflet de sa considération dans la vie publique et dans la famille. Les notes nous en apprennent beaucoup sur ce qu'était censé être un enfant dès le siècle de Louis XIV.

D'ailleurs, le voilà, l'"enfant-soleil" ! Ses premiers portraits, tout bébé puis jusqu'à son couronnement, nous présentent le futur souverain, emmailloté et couvert d'attributs de pouvoir. La mortalité infantile était malheureusement habituelle. Une série troublante de portraits commémoratifs de princes et princesses décédés témoigne d'un goût pour les portraits post-mortem. Avec le siècle des Lumières, on commence à s'intéresser à ce que les petits peuvent ressentir. C'est le temps de l'Emile, ou de l'éducation de Jean Jacques Rousseau. Ils sont représentés en famille, dans une atmosphère complice, en train d'étudier. On prépare les enfants à leur futur rôle socio-familial: littérature, maternité et travaux d'aiguilles pour les filles, logique, sciences et activités physiques pour les garçons.

La Révolution Française fait basculer l'enfance dans le sang. On apprend que les enfants-soldats étaient des membres à part entière des sans-culottes, puis de l'armée sous le règne des Napoléon. La guerre entre de plein fouet dans l'imaginaire des enfants, dans leurs jeux et leur éducation. La fin du XIXe siècle oscille alors entre deux images infantiles : l'enfant privilégié aux joues roses, couvert du ruban et jouant de la musique des tableaux de Renoir, et les gosses de la rue, maltraités et survivant grâce aux petits métiers. Un martyr, de Fernand Pelez, représentant un petit vendeur de violettes tombé inanimé dans un coin sale, m'a clouée au sol.

L'exposition se clôt sur les ouvrages jeunesse du début du XXe siècle (albums illustrés et livres d'histoires, qui se mettent au niveau des petits) et à l'art brut, qui font de plus en plus éclore le regard de l'enfant et reconnaissent sa particularité. Picasso et Matisse adoptent un trait vif, pur et libéré des carcans du dessin classique, tandis que Dubuffet dessine des "bonshommes", d'après des dessins d'enfants de sa connaissance.

Instructive et claire, "L'art et l'enfant" est une expo très accessible, qui pâtit malheureusement de l'étroitesse du lieu (préférez les tout débuts d'après-midi). A travers la représentation de l'enfant, on y voit le reflet des adultes qui les ont peints : on réalise à quel point le soin ou l'indifférence qu'on leur porte à travers l'histoire a eu une influence sur celle-ci. Faisons attention à nos petits, plus que jamais par les temps qui courent, et emmenons les au musée.

Margot



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