vendredi 17 juin 2016

"Jardins d'Orient" à l'Institut du Monde Arabe : une invitation au voyage...


L'Institut du Monde Arabe accueille actuellement, et jusqu'au 25 septembre, une exposition dédiée à l'Orient, mais sous l'angle de l'horticulture. Étonnant, mais pas tant que ça : le jardin à l'orientale est iconique, et continue d'exister comme modèle dans de nombreux pays. De plus, il est un support artistique très fertile, c'est le cas de le dire. Poésies, œuvres picturales, romances légendaires et philosophie lui donnent la part belle depuis des siècles, car il incarne le Paradis – du mot persan "pairidaeza" qui représente un enclos de chasse richement pourvu en animaux et en plantes – sur terre. Une promenade sensuelle dans l'histoire de ces bosquets fantastiques, ça vous tente ?


Sur deux étages, dans une scénographie aussi cohérente qu'épurée, plongés dans une ambiance sonore et olfactive (chants d'oiseaux et des fontaines, senteurs de plantes aromatiques), les jardins d'Orient nous sont racontés. Une première partie d'exposition nous en apprend beaucoup sur les oasis, modèles d'autarcie, et sur leur fonctionnement. Ces trous d'eau dans le désert servaient de repère et de point d'ancrage pour la construction de villages très prospères. Nourriciers, les premiers jardins furent d'abord créés dans un but pratique. Avec de nombreuses maquettes et photographies, nous en apprenons beaucoup sur les techniques d'irrigation millénaire : sakieh, chadouf, noria, qanats... sont autant de puits, moulins et systèmes à balanciers adaptés aux régions où ils furent inventés. L'incroyable Vis d'Archimède nous est présentée, et aurait servi à arroser les mythiques Jardins Suspendus de Babylone, par un système faisant tourbillonner l'eau à la verticale.

Nous passons à l'étage, nous nous familiarisons avec le langage symbolique des jardins, et sa grammaire spécifique. Le jardin persan, dit "quatre jardins", sert de modèle de référence : deux canaux séparent le jardin en quatre parties rectangulaires, pour une simplicité d'irrigation. Car l'eau est au centre de tout jardin.

Les rois se délassent dans de somptueux pavillons ouverts sur les bassins, et toute une vie de cour se déroule parmi les fleurs odorantes, les fruits, les fontaines et l'ombre. Vivre au jardin, c'est s'entourer de plaisirs sensoriels multiples. L'architecture de l'habitat s'articule autour d'un point de verdure : les riads et les patios des haciendas andalouses en témoignent encore aujourd’hui. L'amour horticole des grands est si important que la mode orientale prolonge le jardin dans la maison et sur le corps : les tapis et les vêtements se parents de fleurs, d'entrelacs de racines et d'oiseaux fabuleux.

Cet engouement pour les jardins se répand au-delà de l'Orient : la Renaissance accorde une place importante à la création de jardins ainsi qu'à leur présence en peinture, et plus tard, les Romantiques se prennent de passion pour les jardins enclos, intimes et mystérieux. En témoigne aussi la folie qu'a suscitée le commerce de la tulipe dans toute l'Europe.

La création de jardins publics au XXe siècle permet au peuple d'accéder à une qualité de vie meilleure, en Orient et en Occident. Les colonies voient naître les jardins d'essais, où de nombreuses espèces de plantes sont élevées et modifiées pour convenir aux climats européens. L'exposition s'ouvre sur divers interviews de penseurs du jardin, qui s'interrogent sur le statut actuel de celui-ci, tout en paradoxe. De plus en plus de villes mettent un point d'honneur à se refleurir, en plein réchauffement climatique et situation d'urgence environnementale. Beaucoup de questions sont posées, et l'on peut aller y réfléchir dans une véritable roseraie installée à l'extérieur du musée. Une petite buvette propose du thé à la menthe et des pâtisseries, que l'on peut déguster à l'ombre, dans le parfum des fleurs. Une belle conclusion à cette exposition aussi délassante qu'intelligente.

Margot


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