lundi 5 janvier 2015

La Vénus Noire, le « paradis artificiel » de St Michel.

            Nous, les Walkers, nous aimons découvrir de nouvelles adresses où l’on peut s’encanailler. Lorsque ces adresses sont en lien avec l’Histoire de Paris et son patrimoine culturel, c’est encore mieux. La Vénus Noire, poétiquement perchée rue de l’Hirondelle, près de la fontaine Saint Michel, fut l’un des repères favoris d’artistes tels que François Villon (poète du Moyen Âge et bandit notable !) Oscar Wilde ou Paul Verlaine. D’autres poètes ont laissé leur nom gravé dans la pierre, ainsi que leur empreinte dans l’identité de l’ancien « Caveau de la Bolée ». Deux brunettes sont actuellement les gardiennes du lieu, elles taillent chaleureusement la bavette au zinc qui marque l’entrée du bar.


La construction de cet établissement aussi discret qu’illustre remonte au XIIIe siècle. Il a gardé sa simplicité initiale de taverne tortueuse, avec son étroit couloir de l’entrée à la salle du fond, le long duquel de petites tablées se succèdent. La lumière y est tamisée voire faiblarde, mais, loin de créer une atmosphère sordide où Nosferatu se sentirait à son aise pour boire une pinte (de sang ?), elle plonge dans une douce pénombre les toiles, sculptures et livres qui se nichent dans les coins. Toiles d’arts abstraits et autres bibelots hétéroclites trouvent leur place aux côtés d’ouvrages spécialisés sur les jeux d’échec (car oui, la salle du fond se prêtait à de nombreux tournois auparavant), et autres « L’astronomie pour les Nuls », « Comment parler chat », sans compter quelques romans policiers. Le sous sol, par lequel on accède via deux escaliers poudreux, est tout aussi sympathique que l’étage du dessus, quoique tenant plus du labyrinthe que de la cave. Trois (ou quatre, on ne sait pas exactement) petits salons voûtés, aux poufs et banquettes moelleuses, accueillent les groupes d’amis. Il peut arriver aux retardataires de se perdre, et de se retrouver à une sauterie où ils n’ont pas été invités. Amusant !

Tantôt poétique et sombre tantôt branchée et en pleine lumière, la Venus Noire nous séduit dans toutes les situations.


La cave accueille le week-end des DJ sets variés, electro, funk ou 80’s, selon le moment : lors de mon anniversaire, nous nous sommes trémoussés sur de la house élégante et accessible, sans être commerciale. Le tout mixé par un sympathique DJ, habitué de ce genre de fête et très souriant. La Vénus Noire est aussi un repaire jazzy : chaque mercredi, des jam sessions réunissent deux artistes, Julien et July, multi-instrumentistes et fou de jazz, sous toutes ses formes. L’entrée est libre, et on peut écouter à la cave du Django Reinhardt, du Chet Baker, mais aussi de la chanson française.

Un petit bar, réplique de celui de l’étage, s’ouvre pour les spectateurs et noceurs qui se pressent dans la cave aux heures les plus avancées. On y choisit son cocktail, parmi une gamme de classiques (le Mojito est tout bonnement grisant, attention à ne pas le boire trop vite) et de créations originales, hommages aux poètes qui firent une halte dans le giron de Vénus. Le Baudelaire, que j’ai dégusté au cours de ma première visite, était à la fois capiteux et frais, avec ses notes douces de pomme et de vin rouge, comme un parfum ancien. Plus pêchu, le Moulin Rouge, aussi éclatant dans son long verre que la robe de Satine, tourne très vite la tête et comblera les becs sucrés. Les cocktails évoluent au fil des mois : si vous êtes amateurs de Chartreuse Verte, la patronne fête les 400 bougies de la célèbre liqueur depuis le 16 mai 2014. On peut aussi boire du vin, avec une petite planche de charcuterie à 12 euros (quand même !), ou à 15 euros si vous désirez du fromage. Le prix pique un peu, mais le tout est délicieux. Sinon, Saint Mich’ regorge de petits grecs et de crêperies, il vous sera toujours possible d’aller chercher à manger à l’extérieur.

L’happy hour jusqu’à 21 heures est très appréciable, car les cocktails restent un peu chers. Peu importe, y a d’la bière ! Tout le monde trouvera son bonheur dans cette grotte mystérieuse et joyeuse, car on y boit et écoute de tout. Le bar est très vite rempli, et devient un vrai souk où l’on se sent bien, avec des gens de tout âge, à voile, à vapeur, en costard, à lunettes, à jupette. La nuit sera longue…


Margot           



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