vendredi 14 novembre 2014

Le Théâtre de la Huchette, lieu du culte de l'Absurde


Certains se rendent au Sacré cœur, d'autres à la Tour Eiffel. Certaines préfèrent les lumières des Galeries Lafayette, leurs copains la boutique du PSG. Oui, les lieux de pèlerinage de Paris sont aussi nombreux que ses habitants et ses visiteurs. Pour le monde du théâtre, c'est un peu pareil. La Comédie Française serait une sorte d'Olympe scénique. On ne doit pas pour autant oublier les autres temples du spectacle qui fourmillent dans la Capitale. Le théâtre de la Huchette, situé dans le 5ème arrondissement, où je vous emmène aujourd'hui, est un véritable monument. Malgré son humble enseigne, il s'inscrit durablement dans le temps. Non pas à la manière des institutions telles que Chaillot ou l'Odéon, mais en jouant tous les soirs, depuis plus de 57 ans maintenant, la même représentation, fait unique dans l’histoire mondiale du théâtre.






Le lieu semble « hanté » : emplacement supposé d’un trésor enfoui au XVIIIe siècle, et plus récemment anciens locaux du Caucase, le restaurant des parents de Charles Aznavour (!), il est repris en main par Georges Vitaly et Marcel Pinard, amis du conservatoire, qui cherchent un asile pour leurs esprits créatifs. Après quelques travaux, de nombreux dramaturges et comédiens de l’époque y font leur classe. Le relais est passé à Ionesco en 1957 et le 16 février de cette même année commence le cycle immuable des représentations de la Cantatrice Chauve et de la Leçon, chaque soir jusqu’à aujourd’hui et pour longtemps encore, suivi d’une troisième représentation libre, à 21 heures. Toujours plein, le théâtre de la Huchette abrite une petite soixantaine de places, sauf si l’on compte aussi les strapontins, qui grincent et font mal aux fesses, comme les autres sièges finalement. Vous vous assiérez sans doute entre une famille allemande ou un groupe scolaire italien, au choix, tant la renommée du théâtre est étendue. Attention, le spectacle va commencer.

©Fabienne Rappeneau
Une présentation sobre de la Cantatrice Chauve et quelques recommandations envers les accros à l’électronique précèdent les fameux coups mats derrière le rideau. Nous voici les spectateurs d’un petit manège qui dure depuis cinq décennies : les Smiths reçoivent – avec bien peu d’égards – les Martins, leurs « amis » de toujours. Entre aigreurs et conventions sociales saugrenues, les personnages sont d’étranges clowns tristes, perdus et délicats dans leurs costumes poussiéreux.

« Et la Cantatrice Chauve ? Est-ce qu’elle se coiffe toujours de la même façon ? »

©Benjamin Maignan
Si le cœur vous en dit, vous pouvez assister à la deuxième pièce, La Leçon. Moins connue, mais tout aussi frappante, l’œuvre vous laissera prostré d’angoisse sur votre siège. Une jeune fille blonde, aussi diplômée qu’ignorante (chez Ionesco c’est possible) suit la leçon particulière d’un professeur très investi dans son travail, trop peut être. La leçon dérape. Je n’en dirai pas plus. Tout est question d’ambiance et de sous-texte. L’humour borderline et les situations délirantes des pièces d’Ionesco nous plongent dans un éternel cauchemar, où les personnages tournent sur eux-mêmes et ressassent les mêmes rengaines, sans délivrance.

Sachez que votre présence au Théâtre de la Huchette est vitale : oui, sur vos frêles épaules et celle des nombreux touristes de Paris repose le sort du théâtre, menacé de fermeture à cause de son étroitesse et de sa non-conformité aux normes de sécurité. Les places, relativement abordables (soit 15 euros pour une pièce, 21 euros pour les deux pièces) permettent aux étudiants d’assister au spectacle sans se ruiner, et favorisent la fréquentation accrue de la salle. L’expérience est unique, et il est grisant de faire se perpétuer la marche tranquille et ininterrompue de ce petit théâtre, si grand pourtant.

Margot

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